Même si la colère est un pêché, la cacher serait comme de se confier à Satan puisqu'ils devraient tous être expiés par la confession...
Vous me dîtes que je suis trop gâtée,certes.
Vous espérez que je vienne en présentant mes excuses,vous rêvez.
Bien sûr que cela deviendra réalité:
règle numéro une: un adulte a toujours raison
règle numéro deux: si un adulte a tord se référer à la règle numéro une.
Vous attendez que je sois parfaite mais notre contrat m'abîme.
Lorsque je garde le silence et que je déroge à vos habitudes, vous êtes fragiles car je n’apporte à vos cris aucun son.
Lorsque vous êtes fiers de moi, vous félicitez votre éducation, pas moi.
Vous n’avez aucune idée de ce que vous me faîtes porter.
« Tu as choisi ma fille » Rectification : « Il faut que tu aies une meilleure vie que nous ».
Nous n’avons décidément pas la même notion du choix !
Vous me faîtes la morale pour que je ne baisse pas les armes tandis que les vôtres sont à terre et que les seules qui vous restaient vous me les avez soigneusement remises.
Je crois que si je sautais avec dans l’océan je sombrerais, sans aucun retour possible.
Vous osez me dire « je te sens bien démotivée », moi qui passe des heures derrière ce bureau que je hais chaque jour un peu plus.
Lorsque vous rentrez de vos mornes journées, vous pouvez décompresser de ce qui vous attriste le plus.
Moi, je rentre de ce qui m’angoisse le plus et je continue de plus belle jusqu’à l’écœurement.
Si je pouvais passer mes journées à écrire mes textes et à étudier les œuvres de mon choix sans aucune épreuve qui jugerait de mes capacités intellectuelles,si je pouvais réfléchir sur la philosophie sans un examen final,alors je n’aurais plus aucun doute, je croirais en cette chimère appelée Bonheur.
Pour vous ça paraît facile : « il suffit de ne pas se décourager »,« Mais ce ne sont que dix ans de ta vie, tu auras tout le temps après ».
C’est vrai ; Suis-je bête !
Vos mots, ils m’effraient et m’agacent, ils n’ont plus rien de bienfaisants.
Votre fierté vous les a tous supprimés au profit de ceux que vous prononcez si aisément.
Vous croyez comprendre mais il n’en est rien parce que jamais vous n’avez eu à le vivre.
Ne me dîtes pas que je ne connais pas les ténèbres parce que j’ai eu une enfance plus heureuse.
D’abord, parce que vous ne connaissez que ce que j’ai bien voulu vous en dire.
Ensuite, parce que notre monde est bien loin du vôtre ; on n’a pas connu la guerre, certes, mais on connaît la déchéance qui se fait plus pressente chaque jour.
Aujourd’hui j’aimerais confiner ce silence qui pèse sur nous trois pour qu’il dure et qu’il apaise, je l’espère, cette immense colère qui m’abrite.
D’autant plus qu’il ne faut pas qu’elle s’ébruite, autrement je risquerais de retourner ma veste là où on ne m’attend pas.
Alors schhhhhhuuuuuttttt ou vous réveillerez un volcan prêt à détruire terre et ciel pour tout recommencer.


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